
Les ateliers Georges Lenfant occupent une place singulière dans l’histoire de la joaillerie parisienne.
Ils ne sont pas une maison de joaillerie au sens traditionnel, mais un atelier de fabrication de très haut niveau, sans boutique ni communication propre, travaillant dès l’origine pour les grandes maisons, des créateurs indépendants et des détaillants prestigieux. Cette position explique la discrétion de leurs signatures, la rareté de poinçons lisibles et la présence fréquente de frappes partielles ou secondaires.
Actif dès les années 1920, l’atelier s’inscrit dans la tradition des grands ateliers parisiens de la rive droite, à la charnière entre l’Art déco et le modernisme d’après-guerre. Il se distingue très tôt par une maîtrise exceptionnelle de la mécanique joaillière et par sa capacité à transformer des dessins ambitieux en bijoux parfaitement portables, solides et durables. Fermoirs, clips, bracelets articulés et systèmes transformables constituent son domaine d’excellence.
L’après-guerre, entre 1945 et 1960, marque l’âge d’or des ateliers Lenfant. À une époque où les oreilles percées ne sont pas encore la norme, ils deviennent une référence incontournable pour les systèmes de clips et de fermetures invisibles, alliant confort, fiabilité et discrétion. Le poinçon aux ailes croisées, souvent frappé de manière réduite ou partielle sur les éléments techniques, n’est pas un signe décoratif mais un véritable sceau d’atelier, marque de responsabilité plus que de visibilité.
L’héritage de Georges Lenfant irrigue durablement la place Vendôme et la haute joaillerie du XXᵉ siècle. Son esprit se reconnaît dans des bijoux à la mécanique parfaite, au confort exceptionnel et à l’élégance sans ostentation, conçus non pour attirer le regard, mais pour durer.
Il nous a quand même fallu quelques jours pour identifier ces boucles.
L’identification d’un poinçon de maître est une étape cruciale pour authentifier une pièce de haute joaillerie. Sur les créations de la maison Georges Lenfant, le cœur du poinçon révèle un véritable blason artisanal : à gauche, une forme texturée représente un dé, symbole historique du savoir-faire de l’atelier. À droite, on distingue deux ailes croisées stylisées, l’autre emblème indissociable de la signature Lenfant. Ensemble, ces deux icônes forment le motif central caractéristique que l’on retrouve sur les pièces les plus prestigieuses de la Place Vendôme.

Décrypter les initiales G et L : les subtilités de la frappe
Il est fréquent de confondre les lettres inscrites dans le losange, notamment le L majuscule (pour Lenfant) situé en haut du poinçon, qui peut parfois être interprété à tort comme un J en raison de sa barre verticale et de son retour à angle droit. En bas du losange se trouve le G de Georges. Sur des surfaces étroites ou courbes, comme la raquette d’une boucle d’oreille, la frappe peut s’avérer délicate : la partie inférieure du poinçon est alors souvent tronquée ou écrasée, rendant le « G » plus complexe à déchiffrer que le « L » supérieur.
Pourquoi la confusion est-elle fréquente sur les bijoux vintage ?
La difficulté provient souvent de la disposition millimétrée du dé et de l’aile au centre du losange. De plus, le poinçon de l’atelier, initialement un losange vertical, subit des déformations lorsqu’il est appliqué sur du métal rond, texturé ou sur les systèmes techniques aux surfaces courbes : les pointes s’estompent, « tassant » ainsi les lettres et les symboles. Malgré ces variations de frappe, la présence du dé et de l’aile confirme sans équivoque la signature exclusive de la maison Georges Lenfant.


Une signature historique pour une joaillerie d’exception
Il est important de noter que ce poinçon historique est resté inchangé lorsque Jacques Lenfant a repris la direction de l’atelier paternel. Qu’il s’agisse d’une création directe ou d’une collaboration prestigieuse, comme pour la maison Huberlant, ce marquage certifie l’appartenance du bijou à l’élite de la joaillerie parisienne du XXe siècle. C’est la garantie d’une pièce façonnée par l’un des « artisans de l’ombre » les plus talentueux de son temps.
Et la recette fonctionne : ce qui était tout à fait dans l’air du temps dans les années 50 s’adapte parfaitement au goût d’aujourdhui !


Boucles d’oreilles Georges Lenfant et collier cordages Marcel Boucher.
Comment dater ces boucles d’oreilles ?
Pour dater précisément ces boucles d’oreilles Georges Lenfant diffusées par la maison P. Huberlant, il faut croiser design, technique et contexte historique. L’esthétique « Oursin », avec son rayonnement asymétrique de baguettes inégales, est emblématique du style atomique des années 1950-1955. Ce design audacieux marque la transition créative opérée par Jacques Lenfant lorsqu’il succède à son père et modernise l’atelier parisien.
L’aspect technique confirme cette période grâce au système de fermoir à raquette, une innovation majeure des clips de confort de l’après-guerre. La mention « Déposé », encore perceptible près du poinçon, fait directement référence aux brevets de systèmes articulés et de sécurité enregistrés par Jacques Lenfant entre 1951 et 1953. Cette signature mécanique garantit l’authenticité d’un savoir-faire alors à son apogée.
Enfin, l’écrin d’origine situé à Mont-sur-Marchienne ancre la pièce dans l’âge d’or de la joaillerie de prestige en Belgique. Entre la calligraphie typique du marquage à l’or et l’expansion du marché du luxe durant cette décennie, tous les indices convergent vers une fabrication située entre 1950 et 1958. Ce bijou demeure un témoignage rare de l’excellence joaillière du milieu du XXe siècle.
Pour conclure
En conclusion, cette paire de boucles d’oreilles est bien plus qu’un simple bijou vintage : elle est le fruit d’une rencontre entre l’ingénierie parisienne de Jacques Lenfant et l’élégance belge de la maison Huberlant. De la subtilité du poinçon au « dé et à l’aile » jusqu’à la technicité du fermoir « Déposé », chaque détail confirme l’authenticité d’une fabrication d’exception des années 1950. Conserver un tel ensemble avec son écrin d’origine est une chance rare, offrant aux collectionneurs un témoignage intact de l’âge d’or de la joaillerie franco-belge. Un véritable trésor de savoir-faire qui traverse le temps sans perdre de son éclat.
Et vous, avez-vous déjà débusqué un poinçon mystérieux sur l’un de vos bijoux de famille ? Partagez vos découvertes ou posez vos questions en commentaire, nous serions ravis d’échanger sur vos trésors vintage !

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