Il arrive parfois, au détour d’une quête d’âme dans les allées d’une brocante ou en explorant les tiroirs secrets d’un meuble de famille, de croiser un objet ancien à l’éclat argenté parfait. Le poids est trompeur, l’élégance est absolue, et pourtant, les poinçons habituels de l’argent massif demeurent introuvables. Dans la grande majorité des cas, vous venez de poser les yeux sur du maillechort. Ce métal mystère, qui s’est imposé comme la doublure officielle de l’orfèvrerie de luxe, possède une histoire fascinante qui mérite d’être décodée avec un œil d’expert.
Un savant alliage
Derrière ce nom aux sonorités énigmatiques se cache en réalité une véritable formule magique qui ne contient pas une seule once d’argent. Le maillechort est un alliage subtil composé de cuivre, de nickel et de zinc. Si ses origines lointaines remontent à la Chine ancienne où il était connu sous le nom de paktong, il a fallu attendre le début du dix-neuvième siècle pour qu’il soit réinventé en France. C’est précisément le cinq février de l’année 1830 que deux praticiens lyonnais, l’ingénieur Maillot et le métallurgiste Chorier, ont déposé un brevet d’invention officiel pour cet alliage propre à remplacer l’argent. Bien que le nom de l’un des inventeurs s’orthographiât originellement avec un o, l’usage du temps et la langue française ont définitivement transformé cette ingénieuse combinaison en … maille-chort.
Un véritable subterfuge
Cette invention a totalement conquit la bourgeoisie de l’époque. Les deux inventeurs ont réussi un tour de force technique en créant un matériau capable d’imiter la noblesse et la brillance de l’argent, sans en coûter le prix prohibitif. Face à cette illusion parfaite, les salons parisiens et les grands voyageurs de la Belle Époque ont immédiatement adopté ce métal d’un nouveau genre. Il est rapidement devenu la base privilégiée pour fabriquer les objets de table, l’orfèvrerie bourgeoise et les bijoux de fantaisie fine. Pour parfaire l’illusion, le maillechort était très souvent recouvert d’une fine couche d’argent véritable par le biais de la galvanoplastie, donnant ainsi naissance aux célèbres pièces en métal argenté. Le problème, car il y en a souvent un, c’est que quelques indélicats vendeurs ont commencé à le vendre pour de l’argent. Certains revendeurs jouant sur l’absence fréquente de poinçons, et sur la crédulité des acheteurs.

Avantages et inconvénients
Pour les passionné-e-s de joaillerie ancienne et d’objets d’art, le maillechort offre un profil technique remarquable qui explique sa longévité. Parmi ses grands avantages, on retient sa robustesse exceptionnelle et sa dureté qui le rendent toutefois bien moins malléable que l’argent. Il présente également une excellente résistance à la corrosion, ce qui lui permet de traverser les décennies sans s’altérer profondément, sans oxydation majeure, tout en s’entretenant avec une grande facilité.
Un de ses inconvénients réside évidemment dans son absence totale de métaux nobles, puisqu’il ne contient aucun métal précieux dans sa masse. C’est un métal de substitution, un acteur de composition qui a su jouer le rôle à la perfection, certes, mais un rôle avant tout.
Mais son plus gros défaut, c’est bien évidemment la présence de nickel : un métal très fortement allergisant. Il est donc nécessaire pour un vendeur professionnel de bien préciser qu’il s’agit de maillechort afin que l’acheteur ou l’acheteuse ne mette pas sa santé en danger si il, ou elle, ne supporte pas le nickel.
En Europe, l’encadrement des métaux lourds et des allergènes dans les bijoux est régi par le règlement européen REACH (Annexe XVII, entrée 27). La réglementation ne repose pas sur l’interdiction totale d’un métal comme le nickel, mais sur un plafond strict de libération (ou taux de migration) vers la peau, mesuré en laboratoire. Le taux de libération de nickel toléré étant extrêmement faible, il est avant tout recommandé d’éviter le contact avec la peau, ou sur des durées courtes qui ne dépasseraient pas 24 à 72 heures discontinues. Attention ! Pour les boucles d’oreilles et piercings, l’interdiction est totale.

Une valeur sous-côtée
Aujourd’hui, apprendre à reconnaître le maillechort et à apprécier sa patine unique permet de poser un regard éclairé sur les secrets de fabrication d’autrefois. Ce métal robuste a su sublimer l’orfèvrerie courante et rendre plus résistants des bijoux de voyage qui devaient résister aux trajets d’autrefois. C’est aussi une excellente alternative au laiton plaqué argent, puisque le métal reste bien argenté. Et même s’il a bénéficié d’une argenture, le métal de support ne dénote pas.
Pour celles qui ne développent pas d’allergie au nickel et qui le supportent bien sur de courtes périodes de quelques heures, c’est aussi l’occasion d’acquérir de très très belles création anciennes, parfois signées de grands noms ! Le tout à moindre frais… D’autant plus que, paradoxalement, ces bijoux tendent à disparaître : faute de considération liée à leur nature non précieuse et aux risques encourus face au nickel qu’ils contiennent. Il n’est donc pas impossible, à terme, qu’ils prennent de la valeur !
Des solutions ?
Si vous n’êtes pas allergique au nickel, les risques sont statistiquement faibles. Si vous l’êtes, même faiblement, ne prenez pas ce risque. Et, dans tous les cas, jamais avec des bijoux de percement. Toutefois, par mesure de précaution et dans tous les cas, même si vous n’êtes pas du tout réactive/réactif au nickel, il existe des vernis spécifiques qui peuvent être appliqués sur les zones de contact afin de protéger la peau.
















































