J’ai acquis une très jolie bague en argent du XIX ème, sertie d’un camée de corail peau d’ange très pâle.
Ce bijou, c’est avant tout une commande, une bague acquise pour une de mes clientes, passionnée, qui recherche des motifs anciens en glyptique, c’est à dire gravés ou sculptés sur des médaillons de pierre dure (Pierre de lave, cornaline, agate) ou organique (Nacre abalone, corail, coquillage). Le bijou représente un sujet antique sur un corail peau d’ange – rose : une joueuse de lyre identifiée comme Terpsichore, la muse du chant et de la danse.
La bague avait subi de nombreuse usures et quelques outrages, mais elle correspondait à la taille de ma cliente, et à ses goûts. Je l’ai donc achetée après avoir obtenu son accord et la confirmation de son budget. Seulement voilà, dans ce métier, lorsque les objets d’art ont vécu, et en portent les stigmates, notre rôle, c’est un peu de remonter le temps, en quelque sorte.
S’ils ont un passé, à nous de leur offrir un avenir !
Quand je l’ai vue, j’ai tout de suite pensé que le travail serait complexe et périlleux.
Allez, je vous fais un petit tour d’horizon ? Nous y reviendrons plus tard pour un avant/après. La crasse, l’oxydation, les chocs, ont profondément endommagé la monture. Certaines pliures sont particulièrement graves, et il est probable que le métal puisse se casser au redressage.


La bague est très abimée
Impossible de distinguer les motifs du corail qui, sous l’effet de la chaleur et de la sécheresse, a complètement blanchi.Les épaules sont pliées, la crasse s’est incrustée partout et l’oxydation a noirci les détails.
Première chose à faire, procéder à un premier trempage à l’eau déminéralisée pour ramollir la crasse, hydrater le corail et dégager un peu le décor.
Ensuite, une fois le bijou sommairement nettoyé et débarrassé de ses croûtes, on va pouvoir commencer à redresser l’épaule. Pour travailler en restauration sur des bijoux anciens, il faut une pincée de connaissances techniques et une bonne dose d’inventivité : il n’existe aucun appareil préconçu, aucun outil parfaitement adapté et préconçu. Dans bien des cas, on s’adapte, on bricole, on façonne nos propres outils sur mesure. On affûte, on tord, on coupe, on émousse.

Une fois la bague décrassée, on va pouvoir commencer le redressage.
Pinces, poinçon, mais surtout, en première intention, des instruments de bois tendre dont on va augmenter doucement la taille, quitte à utiliser de simples cure-dent, pour ne pas maltraiter le métal. En cas de trop forte contrainte ou de geste malheureux, le bois bois va rompre en premier, pas le métal. Mieux vaut prendre le temps que prendre des risques !
On va ensuite pousser doucement le métal, tout en le réchauffant tout doucement pour éviter la rupture. `À ce stade, je vous avoue que je ne respire qu’une fois sur trois, je retiens mon souffle à chaque instant. Le moindre geste maladroit, la moindre erreur technique, et c’est le drame.

Redresser le métal à la pince est une étape critique
Une fois le métal redressé, on travaille à la pince. J’exerce une pression de part et d’autre de la patte d’épaulement pour lisser la torsion. C’est le moment le plus délicat, le métal peut rompre et une soudure peut lâcher.
On avance lentement, prudemment, on vérifie les soudures à chaque étape. C’est la dernière étape du redressage, et on n’est toujours pas à l’abri d’un accident. À la loupe, et au doigt, ou à la microfibre pour déceler une fissure dont le métal accrocherait au textile. Si le montage devait souffrir, il faudrait arrêter la restauration immédiatement, soit pour laisser le bijou « au mieux », soit pour effectuer une soudure. Avec un cabochon de corail, une telle manipulation implique forcément un démontage… lorsque c’est possible. Vu l’âge, le type de serti et l’état du corail, un démontage est inenvisageable. Autant dire que le moindre faux pas ne pardonne pas.

Si on passe toutes ces étapes, et que les épaules sont bien redressées, on peut, ENFIN, respirer un peu ! Et passer au repolissage.
C’est le dernier volet de restauration à entreprendre. On commence par bien hydrater le corail, encore, et par l’enduire d’une cire de protection qui va éviter que les pâtes de polissage ne le polluent. Puis, on attaque ! Avec les premiers nettoyages, les détails apparaissent, comme le motif en cordelette qu’on ne devinait qu’à peine sous l’oxydation. Le repolissage de la matière va estomper les marques des pinces, les micro-rayures et, surtout, les usures et marques des dommages subits. On travaille toujours à pâte fine pour ne pas risquer d’affiner le métal. Une fois le métal repris, on va enlever la cire de protection et raviver, puis lustrer le corail rose.

L’avant / après est saisissant
Non seulement l’épaulement a retrouvé sa forme, mais le métal a repris sa couleur d’origine, avec une légère patine. On devine que la tresse d’ornement au serti, légèrement dorée, est probablement en or à bas titre, offrant une légère bichromie. Le corail aussi, n’est plus blanchi par la chaleur ou la sécheresse, il présente à nouveau de délicates nuances de rose pâle et les reliefs permettent de mieux distinguer la joueuse et son instrument.

Il est très important de comprendre que la restauration n’est pas une remise à neuf.
Le travail ne consiste pas à faire disparaitre l’histoire du bijou, mais, lorsque c’est possible, à remettre en état tout en gardant l’évolution du bijou visible ET esthétique. On ne refait à neuf que lorsque l’état des usures ne permet pas d’assurer la continuité des fonctions de la pièce. Surtout sur une bague ancienne comme celle-ci qui présente un très bel intérêt artistique. Après tout ces efforts, cette superbe bague est enfin prête à rejoindre l’écrin de son heureuse propriétaire !

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Quel beau travail, Geneviève vous avez des doigts de fée
Oh ! Comme c’est gentil ! Merci !!